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"De plus en plus, les traitements sont modulés par la cinétique virale"

Mise à jour le : 10/01/2007
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Questions au professeur Michel Doffoël, président de l’Association française pour l’étude du foie, à l’occasion de la Journée Nationale Hépatites le 20 janvier 2007

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Hépatites Info Service (HIS) : Qu’attendez-vous de la Journée Nationale Hépatites 2007 ?

Michel Doffoël (MD) : L’organisation d’une 2ème Journée a été décidée par tous les partenaires de l’opération car nous nous sommes rendu compte qu’une seule journée était insuffisante pour faire passer l’information sur les hépatites. Quand une campagne est menée au niveau régional ou national, des patients viennent nous voir en plus grand nombre en consultation après avoir été dépistés. Cela prouve que nos collègues médecins généralistes ont été sensibilisés à la question. Mais ça ne dure pas. Il est donc nécessaire de répéter les actions de communication auprès du grand public et des professionnels de santé en mettant en place un programme de sensibilisation qui se renouvellera désormais chaque année.

HIS : Quelles sont les nouveautés depuis un an sur le plan du dépistage ?

MD : Les techniques de détection de l’ARN viral pour l’hépatite C ou de l’ADN viral pour l’hépatite B ont progressé. La « PCR en temps réel » est une technique beaucoup plus sensible si bien qu’il est possible de détecter une toute petite quantité de virus. C’est très important parce que les techniques précédentes beaucoup moins sensibles nous amenaient parfois à conclure à un résultat négatif alors qu’il persistait toujours un petit peu de virus.

HIS : Et sur le plan du diagnostic ?

MD : S’il ne s’agit pas d’une véritable nouveauté, nous pouvons néanmoins nous réjouir de la diffusion de plus en plus grande des tests non invasifs de fibrose que sont le Fibrotest, le Fibromètre et le Fibroscan. Ces outils vont très probablement diminuer les prescriptions de biopsie du foie.

HIS : Avez-vous de bonnes nouvelles à annoncer sur les aspects thérapeutiques ?

MD : Hélas non ! Aucune molécule nouvelle n’est sortie, et les patients sont toujours traités par interféron pégylé et ribavirine. La seule nouveauté réside dans l’amélioration des schémas thérapeutiques à partir de l’exemple de ce qui se fait dans le VIH. De plus en plus, les traitements sont modulés par la cinétique virale, une méthode qui permet de prévoir la durée voire les doses de traitements. Jusqu’à présent, les patients devaient subir 12 semaines de traitement pour l’hépatite C avant de savoir s’il avait des chances de réussite. Désormais la réponse peut être apportée au cours des quatre premières semaines. S’il y a encore du virus ou si le virus est indétectable, la durée du traitement est soit raccourcie soit allongée.

HIS : Rien de nouveau avec les antiprotéases dont on parle tant ?

MD : On est toujours dans la phase d’essais. A ce propos, je regrette que si peu d’essais soient réalisés en France ! Ce que l’on peut dire, c’est que les antiprotéases devront être très probablement associées à l’interféron à cause de mutations qui apparaissent assez précocement.

HIS : Où en est-on du traitement de maintenance appelé aussi traitement suspensif ?

MD : Les résultats sur l’intérêt de ce traitement devraient être communiqués d’ici à quelques mois. L’objectif est de prolonger sur plusieurs années le traitement chez des patients n’ayant pas éradiqué le virus de l’hépatite C. Il s’agit non pas d’éliminer le virus mais d’essayer d’empêcher la fibrose de progresser.

HIS : Quel est votre message sur la vaccination contre l’hépatite B ?

MD : Notre message est simple : les nourissons doivent être vaccinés en priorité puisqu’il n’y a aucun risque pour eux et parce que le vaccin confère très probablement une immunité définitive. Le seul problème est de trouver une fenêtre car les nourrissons ont beaucoup de vaccins. Vers le 18ème mois, c’est bon ! Les groupes à risque comme les usagers de drogue doivent aussi être vaccinés. Actuellement, seulement 30 % des groupes à risques sont vaccinés contre l’hépatite B. C’est dramatique. La Journée Nationale Hépatites 2007 permettra de reparler de l’intérêt du vaccin et de sa tolérance.

HIS : Où en est-on du Programme d’actions contre les hépatites virales 2006-2009 ?

MD : Nous sommes dans l’expectative. Il faut qu’il sorte vite, et toutes les personnes qui travaillent dans le domaine des hépatites poussent à cela. Idéalement, il faudrait que ce programme sorte au cours du premier trimestre 2007. Mais les échéances électorales font que tout risque d’être bloqué jusqu’à la rentrée de septembre.


Entretien réalisé par Alain Miguet pour Hépatites Info Service