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L’HAS aurait dû faire des recommandations actualisées et non se baser sur la Conférence de consensus de 2002

L’HAS aurait dû faire des recommandations actualisées et non se baser sur la Conférence de consensus de 2002 - Date de mise à jourMise à jour le : 11/08/2006
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Questions à Miguel de Melo, membre du Collectif Hépatites Virales (CHV), chargé de mission Hépatites virales à ARCAT

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Hépatites Info Service (HIS) : En mai 2006, un communiqué de presse du CHV « Hépatite C : des recommandations peu recommandables ? » dénonçait les positions de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la prise en charge des personnes en affection de longue durée pour une hépatite C chronique. Où en est-on aujourd’hui ?

Miguel de Melo (MM) : Rien n’a changé. La Haute Autorité maintient ses recommandations qui ne prennent pourtant pas en compte les pratiques actuelles de la prise en charge de l’hépatite C. Elles ne parlent ni du traitement des effets indésirables provoqués par la bi-thérapie ni du fait que les tests non invasifs de l’évaluation de la fibrose hépatique ne sont pas remboursés.

HIS : Pouvez-vous donner des exemples de changement intervenus au cours des dernières années ?

MM : Les nouveautés sont nombreuses. Les marqueurs non invasifs comme le Fibroscan, le Fibrotest ou l’ActiTest peuvent remplacer la biopsie. La bithérapie (Interféron + Ribavirine) utilisée pour lutter contre le virus de l’hépatite C entraîne des effets indésirables comme la baisse des plaquettes et éventuellement des globules blancs. Certaines molécules permettent de relever ces taux. En 2002, il ne fallait surtout pas qu’une personne souffrant d’une hépatite prenne de l’alcool. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans cette interdiction totale.

HIS : N’est-il pas question aussi de l’EPO ?

MM : L’EPO traite en effet un des effets indésirables de la bithérapie. La Ribavirine, beaucoup plus que l’Interféron, peut entraîner une anémie importante et une grande fatigue. L’EPO diminue cette anémie en augmentant le taux de globules rouges et le taux d’hémoglobines.

HIS : Pour cette indication précise, en dépit de résultats excellents, l’EPO n’a pas d’Autorisation de mise sur le marché (AMM). Pensez-vous que la situation puisse évoluer prochainement ?

MM : Nous faisons pression sur les laboratoires pharmaceutiques commercialisant de l’EPO pour qu’ils demandent une extansion d’AMM, et sur l’AFFSAPSS (Agence du médicament) pour qu’elle donne des recommandations de prescription. L’AFFSAPSS a déjà commencé à y travailler. Cependant interviennent des problèmes juridiques. C’est en tout cas ce que nous renvoie la CNAM. Lors de rencontres avec le ministère de la Santé, nous essayons de trouver un compromis pour faire en sorte d’aboutir à une conclusion rapide du dossier. Parce que ça fait plusieurs années que nous demandons cette AMM.

HIS : En fin de compte, pour actualiser les recommandations, vous réclamez une nouvelle Conférence de consensus ?

MM : Absolument. Le CHV considère que l’HAS aurait dû faire des recommandations actualisées et non se baser sur une Conférence de consensus ancienne puisque remontant à 2002. J’ajoute qu’une première Conférence de consensus européenne sur la coïnfection VIH-Hépatites s’est déroulée en mars 2005. La prise en charge, l’EPO, les marqueurs non invasifs, toutes ces questions y étaient évoquées.

HIS : Recevez-vous au CHV des témoignages de personnes vivant avec le VHB ou le VHC ? Que vous disent-elles ?

MM : Je suis responsable d’une consultation d’observance pour les traitements. Beaucoup de personnes témoignent de leur difficulté à vivre au quotidien parce qu’elles souffrent en général d’une grande fatigue. Dans les deux ou trois jours qui suivent l’injection d’Interféron, elles subissent un syndrome pseudo-grippal avec fièvre, courbatures, douleurs musculaires, qui handicapent beaucoup et favorisent l’isolement affectif et social. Quand on ne se sent pas bien, l’envie de sortir de chez soi disparaît. De plus beaucoup de personnes sont obligées d’arrêter de travailler parce qu’elles ne sont plus capables physiquement et moralement de le faire.

HIS : Les traitements produisent-ils d’autres effets ?

MM : La bithérapie et l’Interféron peuvent créer des troubles de la personnalité. On est plus facilement irritable voire agressif. Si l’entourage n’est pas au courant du traitement et de ses effets indésirables, la famille, les amis vous perçoivent différemment et petit à petit se détournent de vous. Ils vous délaissent et vous vous retrouvez tout seul.

HIS : En dehors de ce que vous évoquiez tout à l’heure avec l’EPO, quelles sont les priorités du Collectif pour l’avenir ?

MM : Nous cherchons à obtenir l’évaluation des marqueurs invasifs de fibrose, un travail qui est en cours actuellement à l’HAS. Si l’évaluation est posivitive, nous essayerons d’obtenir le remboursement de ces examens. Nous demandons aussi le remboursement de la vaccination contre l’hépatite A puisque le risque de déclencher une hépatite fulminante est aggravé si on attrape une hépatite A alors qu’on a déjà la B ou la C. C’est enfin relancer les campagnes de vaccination contre l’hépatite B. Vous voyez, nous avons beaucoup de travail !


Entretien réalisé par Alain Miguet pour Hépatites Info Service