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"Les complications vaccinales graves sont tout à fait exceptionnelles"

Mise à jour le : 20/04/2007
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Questions au professeur Christian Perronne, président du Comité technique des vaccinations, à l’occasion de la semaine européenne de la vaccination du 16 au 22 avril 2007

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Hépatites Info Service (HIS) : La France a-t-elle un bon niveau de protection vaccinale ?

Christian Perronne (CP) : Le niveau est plutôt excellent. Pour la plupart des vaccins du nourrisson, la couverture vaccinale est supérieure à 90 %, voire dans certaines régions supérieure à 95 %. Chez l’adulte, bien que les estimations ne soient pas aussi précises, on peut dire que la situation est moins bonne. Sauf à l’occasion d’une discussion avec un médecin dans la perspective d’un voyage, les adultes ne pensent pas beaucoup à la vaccination.

HIS : Chez l’enfant, quelle est la couverture vaccinale la plus faible ?

CP : La couverture ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole), était jusqu’à peu de temps de l’ordre de 85 % en moyenne avec dans certaines régions un niveau de 60 à 65 %. C’est insuffisant puisque nous souhaitons une couverture supérieure à 95 %.

HIS : Et de façon générale, quel est la vaccination la moins répandue ?

CP : Le point le plus faible concerne l’hépatite B, qui stagne à 30 % environ alors que beaucoup de pays européens se situent à 90 % de couverture vaccinale, en tout cas chez les nourrissons et les jeunes enfants. Le BCG pose aussi un problème puisque le fait d’être passé du MONOVAX à l’injection intradermique a entraîné une baisse significative de la couverture vaccinale depuis un an. L’Institut de veille sanitaire l’estime à 50 % environ.

HIS : Cette vaccination est pourtant obligatoire, non ?

CP : Plus pour longtemps car le Conseil supérieur d’hygiène publique a émis le 9 mars 2007 un avis de levée de l’obligation vaccinale pour le BCG chez l’enfant et l’adolescent. Elle resterait toutefois recommandée pour certains enfants à risque originaires de pays de forte endémie, en présence de cas de tuberculose dans la famille et en cas de situations de précarité. D’autre part, sans être obligatoire, le BCG continuerait à être fortement recommandé en Ile-de-France et en Guyane française, deux zones considérées à haut risque.

HIS : Quelles sont les autres vaccinations obligatoires en France ?

CP : Il ne reste que le DTP (Diphtérie-Tétanos-Polio). Dans les années 1960, cette obligation était justifiée par les caractéristiques du Tétanos, maladie très fréquente et très grave, qui pouvait entraîner des décès ou des séquelles comme des paralysies. Aujourd’hui certains se demandent pourquoi on continue à vacciner contre le Tétanos alors qu’il n’existe pratiquement plus en France. Il faut rappeler que si cette maladie n’est pas contagieuse, le germe est dans la terre, et qu’il suffit de se blesser en jardinant pour le contracter. Il n’y a plus de Tétanos en France parce que les gens sont très bien vaccinés. Si on arrête de vacciner, le Tétanos reviendra. De plus, l’avantage de garder obligatoire le DTP, c’est que cela oblige les mamans à amener leurs enfants chez le médecin, qui du coup peut proposer tous les autres vaccins.

HIS : Des parents hésitent parfois à faire vacciner leur enfant par peur d’un risque de complication. Comment les rassurer ?

CP : Les complications vaccinales graves sont tout à fait exceptionnelles au regard des millions de vaccinations effectuées chaque année. Il est fréquent d’avoir un peu de fièvre, des douleurs au point d’injection ou quelquefois des allergies. Mais la pharmacovigilance des vaccins ne signale rien si on compare avec d’autres médicaments. Qu’il y ait une espèce de bruit médiatique autour de quelques cas ne change rien à la réalité scientifique.

HIS : Ce sujet amène évidemment à parler du vaccin contre l’hépatite B et de cette polémique qu’il a suscitée. Quelle est votre point de vue ?

CP : Une étude effectuée par des neuropédiatres français en collaboration avec des Canadiens, publiée dans la revue Brain de février 2007, montre qu’il n’existe aucun lien statistique entre le vaccin contre l’hépatite B et les pathologies démyélinisantes de l’enfant. Pour l’adulte, rien de significatif n’a été démontré. Ce débat n’existe qu’en France et en Belgique francophone. Si vous écoutez les Flamands, ils vous disent qu’il n’y a pas de problème. Là encore, la polémique est médiatique.

HIS : Que faire pour améliorer la couverture vaccinale en France ?

CP : Le Comité technique des vaccinations souhaite une amélioration de la communication en direction des médecins et du grand public. Au cours des dernières années, les médecins généralistes et les pédiatres se sont sentis un petit peu dépassés en raison de l’arrivée de nouveaux vaccins, de changements dans le calendrier vaccinal, de rappels supprimés ou ajoutés, de dates de rappel changées. Des enquêtes récentes ont démontré que certains médecins avaient gardé des habitudes anciennes avec des schémas vaccinaux datant de 10 ou 15 ans. La formation des médecins est donc très importante. Ils ont aussi la possibilité de s’informer eux-mêmes en consultant sur Internet le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), qui actualise le calendrier vaccinal tous les ans.

HIS : Et pour le grand public, que préconisez-vous ?

CP : Une grande transparence dans la communication destinée au grand public est nécessaire parce que les gens sont méfiants. Il faut détailler les effets secondaires, et les commenter. Les médias doivent aussi jouer le jeu. Quand un nombre très important de conférences de consensus affirment qu’il n’existe pas de lien entre la vaccination contre l’hépatite B et la sclérose en plaques, et que par deux fois la Commission nationale de pharmacovigilance exprime à l’unanimité qu’une surveillance n’est plus nécessaire, eh bien il faut arrêter de parler de ce sujet.

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Hépatites Info Service

Le site de la Semaine européenne de la vaccination

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