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"Les gens osent plus facilement parler à une infirmière qu’ils n’osent le faire avec un médecin"

Mise à jour le : 28/02/2006
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Questions à Chantal Riou, infirmière référente sur l’hépatite C à l’hôpital général de Montélimar

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Hépatites Info Service (HIS) : En octobre 2004, vous avez participé durant un an à une expérimentation sur le transfert de compétences destinée à évaluer l’intérêt d’une consultation infirmière mensuelle pour le suivi des patients VHC. Comment est né ce projet ?

Chantal Riou (CR) : La mise en place des consultations infirmières a découlé du rapport Berland du nom de ce professeur qui a proposé un transfert de compétences vers certaines professions para-médicales pour faire face en partie à une diminution du nombre de médecins. Ceci avait pour but d’améliorer la qualité des soins. De nombreuses expériences de consultations infirmières ont montré leur intérêt pour la prise en charge des patients atteints d’une maladie chronique. A Montélimar, avec le Docteur Nalet, chef du service de gastro-entérologie, nous avons choisi l’hépatite C parce que j’étais infirmière référente. Je travaille depuis plus de dix ans dans une unité d’hôpital de jour médico-chirurgical. A l’époque, je faisais des mises en route de traitements mais je n’effectuais pas le suivi des patients pendant le traitement.

HIS : C’est-à-dire ?

CR : Au départ, nous recevions simplement les patients pour qu’ils apprennent à faire leur injection d’Interféron dans le cadre du traitement contre l’hépatite C. Très vite, la nécessité d’aller plus loin que le simple apprentissage technique s’est imposée. Il nous est apparu indispensable d’intégrer les informations concernant la maladie, le traitement, la façon dont allait se dérouler ce dernier avec ses éventuels effets secondaires.

HIS : Ces informations ne doivent-elles pas être communiquées par le médecin ?

CR : Lors de la consultation, le médecin donne beaucoup d’éléments d’information sur l’état du foie, sur les résultats de la ponction biopsie hépatique, etc. Cependant les gens sont tellement dans l’angoisse de savoir qu’ils ont une hépatite qu’ils n’entendent pas vraiment. En ce sens, l’infirmière est complémentaire puisqu’elle peut expliquer ce qui n’a pas été compris ou ce qui n’a pas été entendu. Il y a aussi le fait que les gens osent plus facilement parler à une infirmière et leur poser certaines questions qu’ils n’osent le faire avec un médecin. Or, oser poser des questions, c’est important !

HIS : Concrètement, ça se passe comment ?

CR : Je fais des consultations autonomes au moment du diagnostic de la maladie, pendant la durée du traitement et en dehors de celui-ci. Je participe à l’initiation du traitement, éduque le patient à l’auto-injection, l’informe sur la pathologie et les effets secondaires du traitement. Pendant le traitement (d’une durée de 24 ou 48 semaines), je fais des consultations de suivi en alternance avec le médecin (J15, M2, M4, M5...) adaptant la posologie de la bithérapie en fonction de protocoles. Je peux délivrer des ordonnances pré-établies pour la surveillance biologique et la gestion des effets secondaires. En dehors des consultations programmées, je me rends disponible pour des consultations supplémentaires notamment téléphoniques pour répondre aux besoins des patients. Un cahier d’observation commun médecin/infirmière a été conçu pour ce suivi. Le but est d’améliorer l’accompagnement du patient, et de son entourage, pour une meilleure observance au traitement et une meilleure qualité de vie. Avant, le traitement était souvent interrompu au bout d’un ou deux mois car il y avait moins d’accompagnement des effets secondaires... Je ne veux pas dire que le médecin n’apporte pas de soutien mais il est vrai qu’il n’est pas toujours accessible.

HIS : Aidez-vous aussi à accélérer certaines formalités ?

CR : Une personne souffrant de problèmes dermatologiques dus au traitement risque d’attendre peut-être deux mois pour avoir un rendez-vous. Nous intervenons alors pour accélérer la prise en charge. En temps normal, ces désagréments peuvent paraître anodins. Mais quand ils s’accumulent, il devient difficile pour le patient de poursuivre son traitement.

HIS : L’expérience devait durer un an. S’est-elle effectivement arrêtée ?

CR : Non, elle ne s’est pas arrêtée car d’autres médecins gastro-entérologues de l’hôpital de Montélimar avec qui je faisais déjà des mises en route de traitements souhaitaient que leurs patients profitent aussi de ce suivi alterné médecins/infirmières.

HIS : Pour l’instant, seul l’hôpital de Montélimar est concerné ?

CR : L’hôpital Henri Mondor à Créteil devait commencer cette expérience. Hélas, le projet n’a pas pu se mettre en route au même moment que nous car aucune infirmière n’était prédisposée à ce poste. Une infirmière est venue une semaine pour me suivre dans mon fonctionnement. Pour l’instant, la situation est bloquée, l’arrêté (relatif à la coopération entre professionnels de santé) est toujours à la signature.

HIS : Quelles sont les qualités requises pour exercer ce travail ?

CR : Une certaine expérience professionnelle est nécessaire car ça ne s’improvise pas. J’ai une ancienneté de 26 ans, j’ai travaillé dans différents services. L’infirmière doit aussi savoir garder sa place. Elle n’est pas là pour remplacer le médecin.

HIS : Les médecins généralistes n’ont-ils pas eux aussi un rôle à jouer dans le suivi ?

CR : Pour la plupart d’entre eux, le nombre de patients infectés par une hépatite C, dans leur clientèle, est limité. A Montélimar, les médecins généralistes ne trouvent pas gênant qu’une infirmière occupe ce terrain-là.

HIS : Quel bilan dressez-vous de cette expérience ?

CR : Quand nous avons engagé ce projet, nous l’avons fait avec le consentement éclairé des patients. Ils acceptaient d’avoir ce suivi alterné infirmière/médecin sous réserve de pouvoir l’interrompre à tout moment si ça ne leur convenait pas, et d’avoir seulement le suivi médical. Personne n’a arrêté. Le retour des patients est donc excellent. Aujourd’hui, les patients sont inquiets du risque d’interruption de cet accompagnement.

HIS : Avez-vous eu des retours de Paris ?

CR : Nous avons présenté notre rapport au ministère de la Santé et depuis nous attendons. Les consultations infirmières ne sont pas validées. Modifier le décret infirmier dans l’immédiat semble difficile. D’autant plus que ce dossier ne fait sans doute pas partie des priorités du gouvernement. Il est évident que dans le domaine des hépatites comme dans celui du cancer, des consultations infirmières devraient être mises en place à l’annonce du diagnostic. Nous sommes dans une phase d’évolution. Il est vrai que lorsqu’on est pionnier dans un domaine, il faut laisser du temps au temps.


Interview réalisée par Alain Miguet pour Hépatites Info Service