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Médecins du Monde propose de créer des espaces d’éducation au « shoot » à moindre risque

Médecins du Monde propose de créer des espaces d’éducation au « shoot » à moindre risque - Date de mise à jourMise à jour le : 5/02/2007
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Questions à Benoît Delavault, coresponsable de la mission "rave" et "squat" de Médecins du Monde

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Hépatites Info Service (HIS) : Quel est le but de la mission rave et squat de Médecins du Monde ?

Benoît Delavault (BD) : Cette mission lancée en 1997 comporte deux parties : le volet rave party et le volet squat. Au cours des 10 dernières années, le contexte des rave party a très nettement évolué en France. Avant 2001, des rave illégales se déroulaient un peu partout en dehors de tout dispositif de droit commun et notamment de veille sanitaire. En cas de problème, les organisateurs des soirées devaient tout gérer avec le risque de finir parfois en garde à vue. L’intervention de Médecins du Monde a permis de traiter sur place toutes les « bobologies » et de s’occuper des évacuations vers un hôpital quand un problème grave survenait.

HIS : Par rapport aux drogues, comment intervenez-vous ?

BD : Au début, seule une veille sanitaire était assurée sur les lieux festifs. Puis il nous a semblé intéressant de développer d’autres dispositifs. « L’accueil » propose des documents d’information sur les drogues, les thématiques de la sexualité et les hépatites, et fournit des outils de réduction des risques et de prévention : préservatifs masculins et féminins, Stéribox, « roule-ta-paille » (sortes de post-it permettant aux teufeurs de se rouler une paille à usage unique), fioles d’eau stérile pour se rincer le nez avant et après un sniff.

HIS : Intervenez-vous à la suite de la prise de produits ?

BD : La « réassurance » offre à ceux qui font des bad trips d’être accompagnés afin de limiter les dégats lors de la descente. Nous proposons aussi des espaces de repos et de détente pour permettre aux teufeurs de se reposer un peu à l’écart du son, de s’hydrater, de manger des choses sucrées pour éviter l’hypoglicémie. Par ailleurs, des dispositifs d’analyse des drogues ont été mis en place. Autrefois nous utilisions le testing. Désormais nous faisons de la chromatographie sur couche mince, un dispositif qui permet de déterminer tous les composants d’un produit.

HIS : Comment les teufeurs réagissent-ils à votre présence ?

BD : Nos interventions se déroulent dans un contexte de fête. La démarche est ponctuelle et nous ne voyons les gens qu’une fois. En général nous arrivons à avoir des discussions assez poussées sur les raisons de leur présence dans les rave, sur le sens qu’ils donnent à la prise de produits, sur les effets qu’ils recherchent et les effets réellement ressentis. Le but n’est pas de les convaincre d’arrêter de prendre des produits mais de les faire réfléchir sur eux-mêmes. C’est un public très réceptif, qui nous remercie souvent d’être présent. Savoir qu’ils seront pris en charge en cas de problème les rassure.

HIS : Au fil des années, les drogues ont-elles beaucoup changé ?

BD : Aujourd’hui les gens sont beaucoup plus dans des logiques de polyconsommation. Je prends tel produit pour monter, un autre pour faire durer l’effet plus longtemps, encore un autre pour calmer les effets de la descente. Chacun fait sa petite cuisine, ce qui peut multiplier les risques en cas de mélanges inappropriés. Sur les grands événements festifs, les teufeurs consomment leurs produits de prédilection. Ce n’est pas toujours possible sur des lieux de fête de moindre envergure : ils prennent ce qu’il y a.

HIS : Et les usagers ? Ont-ils changé ?

BD : L’évolution est surtout liée au nombre. Quand la mission rave de Médecins du Monde a commencé, les Technivals rassemblaient de 3 000 à 5 000 personnes. A partir de 1998 / 1999, grâce à Internet, les gens ont plus vite su où se déroulaient les événements festifs. Tout d’un coup, les Technivals ont vu arriver 70 000 personnes. Ce n’est plus du tout la même gestion. L’effet de la contre-culture a aussi joué. Pour un jeune, c’est sympa de s’identifier à ce mouvement-là. La techno et les rave party en particulier sont parfaits pour ça.

HIS : Il n’existe donc pas de profil type de l’usager de drogue en 2007 ?

BD : Non, les groupes sont très hétérogènes. Des mineurs se mêlent à des adultes de 35 / 40 ans qui viennent faire la fête à un moment donné et qui gèrent plus ou moins bien la situation. Des personnes en grande précarité, ayant disparu de certains quartiers des grandes villes à cause de la pression policière croissante, réapparaissent dans les rave parce qu’ils savent qu’ils pourront consommer des produits sans trop de problèmes.

HIS : Chez les usagers de drogue, les risques liés aux hépatites sont très élevés. Pourquoi la réduction des risques est-elle un échec dans ce domaine ?

BD : Pour l’hépatite C, l’injection par voie intraveineuse représente en effet un risque important à cause du petit matériel. Les usagers de drogues n’échangent plus leurs seringues mais partagent les cuillers, les cotons. On met un gramme dans la cuiller, on est deux, on va se faire deux shoots avec chacun sa seringue. Ok. Mais chacun va pomper deux fois de suite dans le même coton. Du coup du sang peut-être contaminé va se retrouver sur la seringue... D’autres ne savent pas bien injecter. Ils utilisent le tampon alcoolisé après s’être fait l’injection au lieu de l’utiliser avant.

HIS : Alors que faire ?

BD : Médecins du Monde propose de créer des espaces d’éducation au shoot à moindre risque. Il ne s’agit pas de mettre en place forcément tout de suite comme dans d’autres pays européens des shooting rooms, des salles d’injection, mais de pouvoir accompagner les gens. Ces espaces permettraient de parler ou de reparler de la pratique d’injection et de présenter des outils de réduction des risques comme le Stérifilt (filtre à usage unique).

HIS : Qu’en pensent les pouvoirs publics ?

BD : Tout ce qui est inovant comme les espaces d’accompagnement n’est pas très bien vu. C’est bien gentil de ne pas nous laisser développer de nouveaux dispositifs mais en attendant les contaminations augmentent ! Il faut être logique.

HIS : Que doit savoir une personne se rendant dans une rave pour ne pas prendre de risques ?

BD : Elle doit déjà s’informer sur les produits qu’elle veut consommer, en discuter avec des personnes de confiance, ne pas y aller seul. En fonction des produits, il faut fractionner les prises. D’autre part, aux risques liés aux hépatites, s’ajoutent les risques annexes à la prise de produits comme le fait d’avoir un état de conscience modifié.

HIS : Les filles sont-elles nombreuses à fréquenter les rave ?

BD : Dans la période 1999 / 2001, la population était très majoritairement masculine. Puis de plus en plus de femmes sont arrivées. Elles nous ont expliqué qu’il était plus sympa de venir sur ce type d’événements festifs que d’aller en boite parce que les mecs étaient beaucoup moins lourds. Pour être clair, les filles préférent avoir un mec sous ecstasy que sous alcool car il est beaucoup plus dans la discussion et moins dans l’idée de la relation sexuelle.

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Hépatites Info Service

Le site de Médecins du Monde