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"Montrer un patient souffrant d’une cirrhose pourrait faire comprendre que l’hépatite B n’est pas une maladie anodine contre laquelle le vaccin est vain"

Mise à jour le : 17/01/2006
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Marie-Noëlle Hilleret, hépatologue au CHU Albert Michallon de Grenoble, répond à nos questions dans le cadre de la 1ère Journée nationale des hépatites

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Hépatites Info Service (HIS) : Quelles sont les populations les plus exposées aux virus de l’hépatite B et de l’hépatite C ?

Marie-Noëlle Hilleret (MNH) : Les populations défavorisées sur le plan social bénéficiaires de la CMU (Couverture maladie universelle) sont les plus concernées, selon une étude de l’InVS* datant de janvier 2005. Il s’agit plus particulièrement des usagers de drogues intraveineuses ou intranasales pour le virus de l’hépatite C et des populations issues de l’immigration pour le virus de l’hépatite B. En terme de populations atteintes, une stabilisation voire une légère régression est enregistrée pour l’hépatite C. Les raisons sont multiples : nette diminution des contaminations nosocomiales, sécurité très importante des produits transfusionnels et changements intervenus dans les pratiques de toxicomanie (plus de matériel à usage unique, plus grande sensibilisation des populations). Cependant un effort doit encore être fait sur le terrain de la toxicomanie tout particulièrement dans la prévention de l’hépatite B par la vaccination.

HIS : Quels sont les risques pour une personne atteinte d’une hépatite ?

MNH : Une hépatite virale est une atteinte du foie par un virus. Petit à petit la destruction des cellules hépatiques fonctionnelles amène leur remplacement par de la fibrose, avec à terme le risque de développement d’une cirrhose ou d’un cancer du foie.

HIS : Ce processus se produit en combien de temps ?

MNH : L’évolution est lente  20 à 30 ans  et n’est pas inéluctable. Tout dépend aussi des facteurs personnels et de ce qu’on appelle les « cofacteurs de morbidité ». L’alcool est un élément prépondérant en France. La consommation doit être maîtrisée avec 2 à 3 verres de vin par jour, si elle ne peut pas être complètement stoppée. Une augmentation plus rapide de la fibrose est aussi constatée chez les personnes obèses ou en surcharge pondérale.

HIS : Est-ce que le tabac fait partie des cofacteurs de morbidité ?

MNH : Pour l’instant aucune étude ne le démontre. En revanche, de forts soupçons existent pour le cannabis. La consommation de cette drogue joue un rôle dans l’installation de la fibrose.

HIS : Comment faire pour améliorer le dépistage et la prévention ?

MNH : La démarche passe d’abord par une amélioration de l’information des professionnels de santé (médicaux et paramédicaux) sur les hépatites virales et sur la vaccination contre l’hépatite B. Ensuite l’accès au dépistage des populations les plus concernées par les hépatites doit être optimisé. Il s’agit d’un problème social et politique d’accès aux soins et d’information du grand public autour de ces maladies. En terme de prévention, un effort particulier doit être porté sur les usagers de drogues et surtout sur la promotion de la vaccination contre l’hépatite B, en accord avec les conclusions du Comité d’experts de septembre 2003.

HIS : Que pensez-vous des messages d’information destinés au grand public ?

MNH : Hélas, ils sont insuffisants ! Il faudrait présenter des messages clairs compris par tout le monde et recourir aux mêmes moyens de diffusion utilisés pour l’épidémie à VIH, des moyens qui n’ont pas encore servi aux campagnes hépatites. Je veux parler de communication de « masse » dans la rue avec des panneaux d’affichages et une information précise sur les risques que représentent ces maladies.

HIS : Les personnes contaminées par l’hépatite B sont trois fois plus nombreuses que ce qu’indiquaient les premières estimations : 300 000 au lieu de 100 000. Faut-il imaginer un discours particulier de prévention ?

MNH : Les messages doivent rappeler que les relations sexuelles non protégées restent la première voie de contamination pour l’hépatite B en France. Le préservatif est toujours d’actualité ! Et puis il y a encore la promotion de la vaccination.

HIS : Le vaccin contre l’hépatite B que vous évoquez beaucoup est sujet à polémique. Beaucoup de personnes le soupçonnent de provoquer des scléroses en plaques. Comment redonner confiance aux médecins et au public ?

MNH : Jusqu’à présent, seuls les lobbies anti-vaccinaux ont eu la parole. Or 25 millions de personnes sont vaccinées en France et les études constatent une absence d’augmentation du nombre de scléroses en plaques. S’il y avait un réel impact de la vaccination sur la sclérose en plaques, nous n’aurions pas cette stabilité. C’est de la pure logique. Nombreux sont les arguments en faveur de l’absence de lien, cependant ils ne sont que peu entendus. Lors de la parution dans Neurology du dernier article scientifique en date alimentant cette polémique, l’association française pour l’étude du foie (AFEF) a diffusé un communiqué permettant de préciser toutes les limites de l’interprétation de cette étude. Il n’y a eu aucun relais médiatique, et la désinformation a poursuivi son chemin. Nous avons actuellement une vraie difficulté de communication vers le grand public autour de ce vaccin.

HIS : Vous lancez une sorte d’appel à la mobilisation ?

MNH : Oui car une hépatite est une maladie potentiellement grave. Dans les premières années du VIH, des images dramatiques de patients en fin de vie ont été montrées au grand public. Ces méthodes devraient peut-être être reprises pour « frapper les esprits ». Montrer un patient souffrant d’une cirrhose - en fin de vie à 40 ans comme nous en voyons dans nos services - pourrait faire comprendre que l’hépatite B n’est pas une maladie anodine contre laquelle le vaccin est vain.

HIS : Qu’en est-il des traitements pour l’hépatite B ?

MNH : Les traitements permettent de stabiliser la maladie mais ne permettent pas de guérir, ce qui motive aussi à promouvoir le vaccin. Ces traitements sont exactement dans la même dynamique que ceux utilisés dans le VIH, c’est-à-dire qu’ils suspendent la multiplication du virus mais ne permettent en aucun cas son éradication.

HIS : Pensez-vous qu’il y aura bientôt des traitements efficaces ?

MNH : Aucun médicament en cours de développement ne permet actuellement l’éradication du virus. Cependant les traitements actuellement disponibles ont le mérite de stabiliser la maladie voire d’améliorer la fonction hépatique pour certains patients.

HIS : Contrairement à l’hépatite B, l’hépatite C peut-elle guérir ?

MNH : Une certaine population atteinte par l’hépatite C peut guérir de ce virus, ce qui représente entre 50 et 80 % des patients traités avec les thérapeutiques actuelles.

HIS : Le ministre de la Santé Xavier Bertrand a décidé de mettre en place « un parcours coordonné de soins dont le médecin généraliste sera le pivot ». Qu’en pensez-vous ?

MNH : Impliquer le médecin généraliste sera bénéfique si on lui donne des outils pour assurer efficacement ce parcours coordonné de soins. Cela passe par une revalorisation financière de la consultation et par une implication dans des réseaux de santé comme celui qui existe ici à Grenoble. Ces réseaux de santé doivent être dotés d’outils et de relais efficaces pour répondre aux généralistes : médecins spécialisés ou paramédicaux telles que des infirmières formées en éducation thérapeutique et des psychologues. Le parcours coordonné de soins ne fonctionnera pas si le médecin généraliste est seul et sans aide.

HIS : Quels rapports les hépatologues ont-ils avec le réseau associatif hépatique ?

MNH : A Grenoble, nous avons des rapports étroits avec SOS Hépatites. Ces partenaires sont essentiels pour faire avancer la réflexion sur la prise en charge du patient, et aussi pour soutenir les personnes contaminées dans leur parcours. Les réseaux de soins doivent impliquer les associations regroupant les personnes atteintes.

HIS : Comment se déroulera la Journée du 21 janvier « Les hépatites : l’affaire de tous ! » ?

MNH : Au niveau national, elle n’est prévue que pour les professionnels de santé puisqu’une Journée a été organisée le 1er octobre pour le grand public par SOS Hépatites. A Grenoble, nous avons fait le choix de nous tourner aussi vers le grand public en privilégiant deux temps. Le matin, une conférence sur les hépatites virales B et C s’adressera aux professionnels de santé. L’après-midi, nous serons dans la rue pour informer le grand public et pour recueillir leurs représentations sur les hépatites virales.

*Institut de veille sanitaire

Sources :

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Hépatites Info Service