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"Nos voeux pour 2008"

Mise à jour le : 15/02/2008
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Prise en charge des hépatites chroniques : 5 personnalités répondent à Hépatites Info Service

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Hépatites Info Service a demandé à 5 personnalités les mesures qu’elles souhaitaient voir prendre en 2008 pour améliorer la prise en charge des personnes porteuses d’hépatites chroniques.

-  Professeur Thierry Poynard, Chef du service d’Hépato-gastro-entérologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris
-  Docteur Arame Mbodje, Coordinatrice de la ligne Hépatites Info Service
-  Vincent Ravalec, Ecrivain
-  Jean Acciaro, Président de Transhépate
-  Docteur André-Jean Rémy, Unité de consultations et de soins ambulatoires (UCSA), Maison d’arrêt de Perpignan

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Développer les hôpitaux de jour et rembourser les marqueurs non invasifs

La France a pris une avance mondiale considérable dans la prise en charge des hépatites virales chroniques B et C.

La recommandation de la Haute Autorité de Santé validant les marqueurs non-invasifs FibroTest et FibroScan comme première évaluation de la gravité des hépatites C et permettant ainsi une décision rapide de traitement, est une révolution dans notre microcosme et est enviée par le reste du monde.

Dans toutes les réunions scientifiques internationales, nos collègues experts nous demandent comment ils peuvent exporter notre organisation des « bilans anti-fibrose ».

Ce bilan anti-fibrose (BAF) peut être réalisé en quelques heures. Ce bilan est multidisciplinaire et permet au patient d’éviter de multiples rendez vous et consultations. Il est ainsi possible de pratiquer une prise de sang avec les biomarqueurs de fibrose, d’activité nécrotico inflammatoire, voire de stétaose et de stéato-hépatite ainsi que la mesure de la dureté du foie (l’élastométrie). Une échographie et une endoscopie dépistant cancer du foie et varices peuvent être pratiquées. Les avis suivants sont également disponibles à la carte selon le profil du patient : consultation pour une dépendance alcoolique, cannabis, héroïne ou autres drogues, prise en charge des facteurs aggravant métaboliques, avis diététiques, prise en charge thérapeutique, conseils pour les couples ou les femmes enceintes, prévention des proches dont la vaccination des proches contre le virus de l’hépatite B, avis d’assistante sociale pour les problèmes financiers...

L’application de ces véritables révolutions culturelles nécessite d’une part que les autorités de tutelles fassent appliquer les recommandations de la Haute Autorité de Santé pour le remboursement des marqueurs validés publiées depuis plus d’un an, et d’autre part que les hôpitaux de jour puissent se multiplier à partir des modèles existant, dans les structures hospitalières publiques ou privées.

15 000 morts par cirrhose, ce n’est plus acceptable en 2008... Action et bonne année.

Professeur Thierry Poynard, Chef du service d’Hépato-gastro-entérologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris

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Pour une meilleure considération des personnes atteintes

Pour 2008, je souhaite une meilleure considération des personnes atteintes, aussi bien sur le plan de la maladie que sur les plans affectif, psychologique et social, de la part des professionnels de santé.

Je souhaite une meilleure information sur les traitements actuels et les perspectives thérapeutiques ainsi que la mise en place dans les services d’hépatologie, de consultations d’observance et de gestion des effets secondaires des traitements, gérées par les associations.

Je souhaite l’intégration systématique d’un volet psy (psychiatre ou psychologue) dans la consultation de prise en charge des personnes atteintes.

Enfin, je souhaite voir mis en œuvre une meilleure information et accompagnement des médecins généralistes pour la prise en charge des personnes atteintes afin de désengorger le secteur hospitalier.

Docteur Arame Mbodje, Coordinatrice de la ligne Hépatites Info Service

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Améliorer l’information

Pour le VHC, je souhaite une meilleure information concernant les risques d’aggravation en cas de non traitement car il existe des difficultés pour le foie de se régénérer passer un certain stade. J’espère aussi un meilleur soutien psychologique pendant le traitement, avec des propositions autres que des anti-dépresseurs.

Vincent Ravalec, Ecrivain, auteur d’Hépatite C, Flammarion

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Prévenir et mieux traiter

« Prévenir et mieux traiter » sont les deux priorités qu’il me semble important de privilégier en 2008.

Avant d’améliorer la prise en charge des personnes atteintes d’hépatites chroniques, il faut développer la prévention :

- Développer la vaccination contre l’hépatite B en faisant de grandes campagnes nationales, conseiller fortement et argumenter la vaccination des enfants,
- Dépister à la moindre occasion le virus C (dès qu’il y a besoin d’un prélèvement sanguin)
- Inciter au dépistage les populations susceptibles d’être atteintes (piercing, tatouages, piqûres diverses, accidents, transfusions, etc.)

Concernant l’amélioration du traitement, il est nécessaire de

- Pouvoir bénéficier rapidement des nouvelles molécules en développant les essais et en raccourcissant les délais,
- Prescrire l’EPO pendant les traitements en cas de besoin,
- Suivre systématiquement les personnes infectées pour prévenir une évolution vers une cirrhose ou un cancer.

Jean Acciaro, Président de Transhépate

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Faire cesser le système de débrouille

Beaucoup de personnes entrant en prison sont des toxicomanes ou des ex-toxicomanes en situation précaire. Ils ont déjà été dépistés pour l’hépatite C, souvent depuis longtemps souvent à répétition, mais n’ont jamais été au-delà du dépistage. Ils n’ont jamais eu d’évaluation de la fibrose, jamais eu de recherche de génotype viral. Ils en sont toujours au premier stade. Ce n’est pas une prise en charge correcte.

En 2008, je souhaite que la prise en charge des personnes atteintes soit équivalente dans tous les établissements pénitentiaires avec de vrais moyens humains et que ne subsiste aucun obstacle à la prise en charge des médicaments.

Je souhaite aussi le remboursement des Fibrotest et des Fibroscan, une mesure qui permettrait de faciliter la prise en charge des patients par l’assurance maladie ou les hôpitaux. Sinon nous resterons toujours dans un système de débrouille en essayant de faire payer ces méthodes non invasives par les laboratoires ou les associations.

Docteur André-Jean Rémy, UCSA, Maison d’arrêt de Perpignan

Dossier réalisé par Alain Miguet