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« On évalue à 300 000 le nombre de porteurs chroniques de l’antigène HBs »

« On évalue à 300 000 le nombre de porteurs chroniques de l’antigène HBs » - Date de mise à jourMise à jour le : 20/12/2005
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Arame Mbodje, coordinatrice d’Hépatites Info Service, réagit à la publication par l’Institut National de Veille Sanitaire de nouvelles données concernant l’hépatite B

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Hépatites Info Service (HIS) : L’Institut de veille sanitaire (InVS) a réévalué cette année le nombre de personnes contaminées par l’hépatite B. Pourriez-vous apporter quelques précisions ?

Arame Mbodje (AM) : En effet, l’InVS a mené une étude* dont l’objectif principal était de fournir de nouvelles estimations du taux de prévalence Prévalence Nombre de cas déclarés d’une maladie ou d’un trouble (cas nouveaux et cas déjà déclarés) divisé par la population totale, sur une période donnée ou à un moment défini. des infections dues aux virus des hépatites B et C. Les résultats préliminaires ont permis de disposer pour la première fois en France d’une estimation du taux de prévalence du portage de l’antigène HBs. Ce taux, estimé aujourd’hui à 0, 68 % dans la population, est plus élevé que ce qui était proposé jusqu’à maintenant (0, 2 % à 0, 4 %). On estime donc que le nombre de porteurs chroniques de l’antigène HBs serait de l’ordre de 300 000 chez les personnes âgées de 18 à 80 ans. Deux hypothèses peuvent être évoquée : soit il s’agirait d’une mauvaise estimation antérieure de la prévalence de l’hépatite B, soit on assisterait à une recrudescence de l’infection à VHB, ce qui serait assez inquiétant compte tenu du nombre limité d’actions aujourd’hui menées pour lutter contre le VHB.

HIS : L’hépatite B se transmet par le sang et par voie sexuelle lors de rapports non protégés par un préservatif avec une personne contaminée. Qu’en est-il de l’hépatite C ? Que faut-il faire si on a pris un risque ?

AM : L’hépatite C se transmet essentiellement par le sang. Toutefois, quelques cas de transmission sexuelle du VHC ont été documentés. Une enquête récente de l’InVS a révélé l’incidence Incidence En épidémiologie, le taux d’incidence rapporte le nombre de nouveaux cas d’une pathologie, observés pendant une période donnée à la population dont sont issus les cas (pendant cette même période). inhabituelle d’hépatites virales aiguës C chez les hommes homosexuels séropositifs pour le VIH et présentant de façon concomitante une autre IST (infection sexuellement transmissible). Dans ces cas, il a été supposé que la transmission sexuelle du VHC avait été facilitée par des pratiques sexuelles à haut risque entraînant des lésions muqueuses sanglantes.

Cette situation mise à part, le risque de transmission sexuelle du VHC reste très bas et semble beaucoup plus faible que pour d’autres virus comme le VHB ou le VIH. La faible quantité de virus VHC dans les sécrétions génitales expliquerait cette rare transmission sexuelle, notamment au sein des couples stables. C’est pourquoi, dans ce cadre, il n’est pas recommandé d’utiliser un préservatif pour les rapports sexuels.

Si on a pris un risque, il est nécessaire de se rendre dans une Consultation de dépistage anonyme et gratuit (CDAG). Le médecin évalue la nécessité de pratiquer un dépistage en fonction du risque et du délai entre l’exposition au risque et la consultation.

HIS : Hépatites Info Service a été créée en 2000. Qu’est-ce que les gens disent sur cette ligne ?

AM : Dans la grande majorité des cas, les entretiens débutent par une demande d’information et de renseignement. Mais plus des deux tiers des appels évoluent vers un autre type de demande : informations spécifiques, renseignements complémentaires, soutien, aide à la décision ou avis pour un tiers, demande d’orientation.

Très souvent, les questions qui nous sont posées sont d’ordre médical : ce sont soit des questions de fond sur les différents modes de contamination, l’évolution de la maladie, soit des questions concernant les modalités thérapeutiques, les traitements actuellement disponibles, les effets secondaires des traitements. Certaines questions peuvent être d’ordre juridique avec, en particulier, les problèmes d’indemnisation en cas d’hépatite post-transfusionnelle, des problèmes de médecine du travail...

Les aspects psychologiques sont aussi largement évoqués au cours des entretiens avec les personnes atteintes par le VHC. Les relations avec les proches mettent en avant des difficultés dans le couple ou avec la famille. Les gens parlent de leur angoisse liée à la maladie, d’isolement, de solitude, de dire ou pas leur maladie à leur entourage. Nos interlocuteurs sont souvent des personnes atteintes ou des membres de la famille d’une personne atteinte.

Parfois, les jeunes nous appellent. Leur préoccupation est différente. Elle se situe essentiellement autour du risque de transmission de l’hépatite B ou de l’hépatite C lors du tatouage/piercing ou lors d’un baiser.

HIS : En France, le vaccin contre l’hépatite B est sujet à polémique. Quelle est la position d’Hépatites Info Service ?

AM : Nous savons qu’aujourd’hui la meilleure stratégie consiste à vacciner tous les nourrissons et pré-adolescents, en sachant que les bénéfices individuels et collectifs l’emportent très largement sur les risques. Les données de pharmacovigilance ne permettent pas de remettre en cause l’intérêt de la vaccination.

La position d’Hépatites Info Service suit les recommandations de la Conférence de consensus sur la vaccination contre l’hépatite B qui s’est déroulée au mois de septembre 2003. Elle stipule que l’évaluation du rapport bénéfices/risques apparaît nettement en faveur du maintien de la vaccination dans certaines populations.

* Enquête de prévalence des marqueurs sériques des infections dues aux virus des hépatites B (VHB) et C (VHC) réalisée de 2003 à 2004

Sources :

Entretien réalisé par Alain MIGUET pour Hépatites Info Service