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Samedi 19 janvier 2008 : Journée nationale des hépatites

Samedi 19 janvier 2008 : Journée nationale des hépatites  - Date de mise à jourMise à jour le : 16/01/2008
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Questions au professeur Jean-Pierre Zarski, président de la Fédération nationale des pôles et réseaux hépatites (FPRH) et chef du service d’hépato-gastro-entérologie au CHU de Grenoble, à l’occasion de la Journée nationale des hépatites, le 19 janvier 2008.

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"Un malade sur deux ignore qu’il a une hépatite"

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Hépatites Info Service (HIS) : On parle beaucoup des myopathies, d’Alzheimer, du cancer, et peu finalement des hépatites. Comment expliquez-vous cette relative invisibilité médiatique et politique de cette pathologie ?

Jean-Pierre Zarski (JPZ) : L’opinion publique ne se rend pas vraiment compte de l’importance de cette maladie alors que plus de 500 000 personnes sont atteintes en France d’hépatites virales. C’est un chiffre qu’il faut bien rappeler même s’il y a discussion : 500 000, 600 000, 700 000 ? En tout cas c’est plus de 500 000. Si l’hépatite C est probablement un peu en diminution, l’hépatite B est en augmentation. Alors pourquoi n’en parle-t-on pas ? Les gens ne se méfient pas de cette maladie car elle est extrêmement insidieuse. Pendant 10 à 20 ans, elle ne fait pas parler d’elle en dehors d’une certaine fatigue. Et brusquement on découvre une cirrhose voire un cancer du foie. C’est ce côté insidieux - une hépatite ne tue pas tout de suite, elle ne rend pas le patient invalide tout de suite, qui je pense détourne l’attention.

HIS : Les pouvoirs publics ne semblent pas non plus beaucoup s’y intéresser...

JPZ : C’est vrai. Les pouvoirs publics ont tendance à minimiser un peu les chiffres en les situant toujours dans les fourchettes les plus basses. Ils nous disent aussi que nous ne traitons finalement qu’un malade sur deux voire moins, et que les autres cas ne sont pas graves, certains restant bien tranquilles toute leur vie.

HIS : Quel est votre vœu pour 2008 ?

JPZ : Je souhaite que le public prenne véritablement conscience du risque de ces maladies, du risque d’évolution vers une cirrhose ou un cancer. Les gens doivent se faire absolument dépister en particulier les patients à risque. Un malade sur deux ignore qu’il a une hépatite virale. Donc le dépistage est important, ce qui veut dire que l’information à destination du grand public est absolument indispensable.

HIS : Quelles sont les populations les plus à risque ?

JPZ : Plus on va vers les populations précaires, plus il faut être prudent en particulier en matière d’hépatite B, car ce virus se transmet très facilement. Je pense aux toxicomanes, aux personnes venant de pays à forte endémie, à cette population qui vit dans des conditions socio-économiques assez basses. On s’est aperçu que chez les détenteurs de la CMU, la prévalence Prévalence Nombre de cas déclarés d’une maladie ou d’un trouble (cas nouveaux et cas déjà déclarés) divisé par la population totale, sur une période donnée ou à un moment défini. était plus élevée. Il faut vraiment penser à eux. D’autre part, le dépistage de l’hépatite B chez la femme enceinte est essentiel pour prévenir la contamination du nouveau-né par la sérovaccination. Dans les maternités, ce n’est fait que dans les deux tiers des cas, il y a donc du travail.

HIS : La médecine a-t-elle beaucoup progressé au cours des dernières années pour traiter les hépatites ?

JPZ : D’abord le diagnostic s’est beaucoup amélioré grâce à l’apparition des marqueurs non invasifs de fibrose qui permettent une approche intéressante et moins effrayante à la fois pour le malade et le médecin généraliste. Ensuite le traitement contre l’hépatite C a considérablement progressé. Avec la bithérapie Interféron Péguilé plus Ribavirine, on guérit 50 à 60 % des malades en moyenne et 80 % des génotypes 2 et 3. Pour les génotypes 1, les plus difficiles à traiter, si on prescrit la bonne dose d’Interféron et la bonne dose de Ribavirine pendant 12 mois voire plus, on guérit pas loin de 60 % des malades.

HIS : Sans compter l’arrivée de nouvelles molécules. Quand doivent-elles arriver ?

JPZ : De nouveaux progrès vont apparaître assez vite, dans les deux ou trois prochaines années, grâce aux antiprotéases. Ces molécules permettront d’obtenir 80 voire 85 % de succès avec les génotypes 1. Quand on pense qu’au début, on avait 6 % de succès avec l’Interféron seul, pris trois fois par semaine pendant 6 mois, les progrès ont été très rapides finalement.

HIS : Et pour l’hépatite B ?

JPZ : De plus en plus de molécules permettent, dans plus des deux tiers des cas, de contrôler le virus On le contrôle mais on ne sait toujours pas le faire disparaître. Cependant, en le contrôlant, l’état du foie s’améliore et le malade va bien. Les molécules entraînent aujourd’hui beaucoup moins de mutations de résistance. Ce fait est très important puisque nous allons pouvoir prescrire ces molécules très longtemps seules ou en association.

HIS : Le patient est-il bien suivi aujourd’hui ?

JPZ : On s’en occupe de mieux en mieux car la prise en charge des malades est de plus en plus pluridisciplinaire. Par exemple, il y a quelques années, on contre-indiquait complètement les malades psychiatriques. Maintenant une expertise psychiatrique est effectuée et ils sont suivis par un psychologue durant le traitement. Ces malades ne sont plus mis de côté. C’est la même chose pour ceux qui font de l’irritabilité ou qui ont des troubles du sommeil. Deuxièmement, les effets indésirables sont pris en compte comme la fatigue ou l’anémie. Par ailleurs, de plus en plus d’infirmières nous aident à prendre en charge les patients en faisant de l’éducation thérapeutique. Dans les grands centres, ces pratiques se développent beaucoup. Le médecin généraliste et le pharmacien jouent également un grand rôle. Je ne dis pas que tout est gagné, mais la situation s’améliore.

HIS : C’est d’autant plus important que le traitement est parfois difficile à gérer pour le patient...

JPZ : Le traitement est lourd dans la plupart des cas. Et parfois le patient peut avoir besoin en plus d’une assistante sociale, d’une diététicienne s’il est gros, d’un alcoologue s’il boit un peu trop et qu’un sevrage alcoolique s’avère nécessaire. Il faut se préoccuper de sa consommation de cannabis dont on sait qu’il aggrave la fibrose hépatique.

HIS : Qu’attendez-vous de la 3ème Journée nationale contre les hépatites ?

JPZ : Mon attente est de trois ordres : informer sur le nombre d’hépatites en France, les risques, etc. Rassurer en rappelant qu’on dispose de moyens pour aller vite au diagnostic. Traiter parce qu’on a des moyens thérapeutiques et qu’on guérit de plus en plus de malades.

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Hépatites Info Service

Le site de La Journée nationale des Hépatites 2008