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Semaine de la vaccination

Semaine de la vaccination - Date de mise à jourMise à jour le : 15/04/2008
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Deux hépatologues répondent aux questions d’Hépatites Info Service, à l’occasion de la Semaine européenne de la vaccination, organisée du 21 au 27 avril 2008

- Le professeur Patrick Marcellin, hôpital Beaujon, Clichy
- Le docteur François Habersetzer, hôpitaux universitaires de Strasbourg

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Questions au professeur Patrick Marcellin, hépatologue à l’hôpital Beaujon, chercheur à l’INSERM

Tout le monde, au moins une fois dans sa vie, devrait faire un test de dépistage

Hépatites Info Service (HIS) : Que pensez-vous des politiques publiques menées dan le domaine des hépatites ? Sont-elles à la hauteur de l’enjeu ?

Patrick Marcellin (PM) : Mon avis est partagé. Les pouvoirs publics, réalisant très tôt que les hépatites constituaient un problème de santé public majeur, ont lancé un programme de lutte contre les hépatites virales il y a une dizaine d’années. Des moyens importants ont été alloués aux pôles de référence et aux réseaux hépatites. L’ANRS a joué un rôle essentiel dans le développement de la recherche aussi bien clinique que fondamentale. La France a été pionnière et a servi de modèle à d’autres pays occidentaux. Ces efforts sont à saluer. Aujourd’hui, la situation est malgré tout plus difficile. D’autres priorités sont apparues et le programme de lutte contre les hépatites a souffert de restrictions. Si des progrès ont été accomplis pour l’hépatite C, du terrain a été perdu pour la B.

HIS : Les recommandations vaccinales en vigueur en France contre l’hépatite B sont-elles pertinentes ?

PM : Oui, elles sont d’ailleurs conformes aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le problème, c’est qu’elles ne sont pas suivies. Pourquoi ? Parce que la situation est très spéciale en France. Les Français ont découvert le vaccin contre l’hépatite B, ils ont produit les premiers vaccins avec l’Institut Pasteur, la campagne de vaccination contre l’hépatite B a été extrêmement efficace, et puis il y a eu cette cassure, cette polémique désastreuse. L’image du vaccin est devenue très négative et la France est aujourd’hui la lanterne rouge de l’Europe. La couverture vaccinale des enfants est médiocre, celle des adolescents et adultes insuffisante. Ce déficit de vaccination a plusieurs conséquences : la prévalence Prévalence Nombre de cas déclarés d’une maladie ou d’un trouble (cas nouveaux et cas déjà déclarés) divisé par la population totale, sur une période donnée ou à un moment défini. de l’hépatite B chronique augmente avec sont lot de complications : cirrhose, insuffisance hépatique, cancer du foie, augmentation de la mortalité. Une étude de l’INSERM a montré que la mortalité en France liée aux hépatites était relativement importante : 1 500 morts, chaque année, pour l’hépatite B. Ce chiffre peut paraître faible mais il correspond aux maladies graves.

HIS : Comment voyez-vous évoluer la situation de l’hépatite B en France ?

PM : En tant que clinicien, je vois tous les jours, et de plus en plus, des malades qui viennent nous voir pour des hépatites B, parce qu’ils ne se sont pas fait vacciner, parce qu’ils ont eu peur du vaccin. Ils viennent nous voir pour une maladie qui aurait pu être évitée. En plus des complications dont j’ai parlé plus haut, n’oublions pas que l’hépatite B peut être fulminante et mortelle, si on ne réalise pas une transplantation du foie en urgence. Nous voyons aussi beaucoup de migrants venant de régions à forte endémie comme l’Asie, où de 5 à 20 % de la population est porteuse de l’hépatite B, ou d’Afrique subsaharienne, où le taux est d’environ 10 %. Une population dont la prise en charge est nécessaire puisque ces patients peuvent transmettre l’hépatite sans le savoir, par exemple lors de relations sexuelles non protégées.

HIS : Un récent décret fixe les conditions d’hygiène et de salubrité relatives aux pratiques du tatouage avec effraction cutanée et du perçage. Ces mesures règlent-elles la question du risque de contamination par le VHB ?

PM : Cette initiative est excellente et je salue cette prise de conscience. Cependant ces règles de plus en plus strictes rassurent pour l’avenir et non pour le passé. Les patients que nous voyons aujourd’hui sont souvent des patients ayant été contaminés il y a 20, 30 ou 40 ans. C’est pourquoi tout le monde, au moins une fois dans sa vie, devrait faire un test de dépistage pour l’hépatite B au même titre qu’on fait un dosage pour le cholestérol ou un dosage de la glycémie.

HIS : Un dépistage précoce a-t-il un réel intérêt pour le patient ?

PM : Plus on est diagnostiqué tôt, plus on est efficace. La prise en charge du patient n’est plus un problème, elle est très efficace, désormais le problème c’est bien le dépistage. Or 0, 65 % des Français sont porteurs de l’hépatite B. Je pense pour ma part que cette estimation est sous-évaluée. Je dirai qu’un Français sur 100 a une hépatite B. C’est gigantesque ! Personne n’est à l’abri de l’hépatite B. C’est la maladie de monsieur et madame tout le monde.

HIS : Comment l’hépatite B est-elle perçue par vos patients ?

PM : Les hépatites en général sont mal considérées. Elles sont associées à des maladies de groupes à risques ou de sujets marginaux. Certaines personnes me disent qu’elles ne veulent pas faire de dépistage car si une hépatite est diagnostiquée, elles ne pourront pas le dire à leur entourage. Les gens ont honte. Or, encore une fois, il vaut mieux savoir car si on sait, on sera en mesure de prévenir les complications. L’image des hépatites doit absolument évoluer : ce sont des maladies comme les autres.

***

Questions au docteur François Habersetzer, hépatologue, hôpitaux universitaires de Strasbourg

L’hépatite chronique B est une maladie mal connue. Les gens perçoivent mal le risque.

Hépatites Info Service (HIS) : Quelles sont les recommandations vaccinales pour l’hépatite B ?

François Habersetzer (FH) : Les recommandations vaccinales sont faites pour une maladie silencieuse dont le risque n’est pas toujours bien identifié. Chez un certain nombre de personnes en effet, on ne trouve pas de facteurs de risque d’infection par le virus B. Dans ces conditions, le mieux est de protéger largement la population. De façon optimale, l’indication de la vaccination concerne surtout les nourrissons car le vaccin à cet âge est bien toléré. La France a des progrès à faire dans ce domaine puisque le taux de couverture vaccinale des nourrissons est très faible, environ 20 %, alors qu’il est nettement supérieur dans les grands pays industrialisés, où on atteint près de 80 %. Les adolescents qui n’ont pas été vaccinés devraient l’être aussi. Par ailleurs, les recommandations concernent les personnes à risque comme les usagers de drogues, les personnes ayant des partenaires sexuels multiples (en particulier les homosexuels chez qui la prévalence est importante), les voyageurs se déplaçant dans des pays à forte endémie et bien évidemment les personnes exposées de par leur métier, personnel soignant par exemple.

HIS : Certains parents refusent la vaccination pour leurs jeunes enfants. Que leur diriez-vous pour les convaincre ?

FH : Il est très important de rappeler aux parents l’innocuité du vaccin chez le jeune enfant et du bénéfice que ceux-ci peuvent en tirer. Surtout dans la perspective de leur entrée dans des institutions collectives telles les crèches où ils seront en contact avec d’autres enfants. La vaccination contre l’hépatite B a pâti en France d’une mauvaise image. Une grande partie de la population est convaincue que le vaccin contre l’hépatite B n’est pas anodin. Des procédures toujours en cours inquiètent la population alors que des études ont montré l’absence de risque.

HIS : Il existe aussi les barrières sociales et psychologiques. Certaines personnes ne veulent pas du vaccin car cela signifierait : « J’ai une forte activité sexuelle », ce qui n’est pas toujours bien vu. Dans votre pratique, avez-vous été confronté à ce type de remarque ?

FH : Non, je n’ai pas été confronté à ces situations. En revanche, sur le plan psychologique, je constate comme praticien que le vaccin est très bien accepté dans les familles où vit une personne atteinte. Les mamans infectées par le virus de l’hépatite B acceptent le vaccin. Elles ne me posent jamais de questions sur les risques d’effets secondaires pour leur enfant. La réticence existe plutôt chez les personnes ne connaissant pas de personnes infectées dans leur entourage. L’hépatite chronique B est une maladie mal connue et les gens perçoivent mal le risque. Ils ont entendu parler de l’hépatite B uniquement pour ne pas dire exclusivement via la polémique sur la vaccination. Quand on leur conseille le vaccin, ce qui va ressortir à ce moment-là, c’est le souvenir qu’ils ont de la polémique vaccinale, et cela mène souvent à l’échec.

HIS : Combien y a-t-il de personnes contaminées par l’hépatite B en France ?

FH : Le chiffre a été revu à la hausse récemment à la suite d’une enquête réalisée par l’Institut national de veille sanitaire (InVS). L’estimation était auparavant de 0, 3 % alors que les chiffres indiquent désormais 0, 7 %. Près d’un pour cent de la population française, soit environ 300 000 personnes, est infecté. La majorité de ces personnes ne ressent pas les symptômes, elles ne se plaignent de rien de particulier et peuvent donc transmettre le virus sans le savoir. Parmi celles-ci, les 2/3 sont des porteurs inactifs de l’infection, c’est-à-dire que l’infection par le virus B n’est pas responsable d’une maladie réellement. En revanche, 30 % ont une maladie active avec un risque d’évolution vers une cirrhose. Sans compter les complications comme le cancer du foie.

HIS : Voilà pourquoi le dépistage est très important...

FH : Exactement. Le dépistage est important parce que l’infection par le virus de l’hépatite B est souvent asymptomatique. La seule façon de mettre en évidence cette infection, c’est le dépistage.

HIS : Si une personne a toujours eu des rapports sexuels protégés ou qu’elle n’a jamais fait usage de drogue par voie intraveineuse, doit-elle se poser la question du dépistage ?

FH : Il faut se poser la question quand on a vécu dans l’entourage d’une personne infectée par le virus B ou quand on vit dans la famille d’une personne infectée. Dans le monde, l’hépatite B se transmet principalement de la mère à l’enfant et dans le cadre d’une transmission intrafamiliale. Quand une personne a été identifiée comme atteinte dans une famille, il est utile de mener une enquête pour vérifier que d’autres personnes n’ont pas été infectées. Les personnes qui ne sont pas atteintes doivent être vaccinées. Les personnes qui ont eu des interventions chirurgicales importantes il y a plus d’une dizaine d’années ou qui ont subi des procédures médicales invasives doivent aussi se faire dépister.

Entretiens réalisés par Alain Miguet pour Hépatites Info Service

Le site de la Semaine de la vaccination