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Seringues en prison : et la France ?!...

Seringues en prison : et la France ?!... - Date de mise à jourMise à jour le : 1er/07/2009
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Une journée de réflexion organisée par Sidaction sur les programmes d’échange des seringues en prison

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Si la santé des détenus s’est légèrement améliorée à la suite de la loi sur l’organisation des soins en milieu pénitentiaire du 18 janvier 1994, la politique de réduction des risques reste toujours à la traîne dans les prisons françaises, en particulier les programmes d’échange de seringues (PES).

Cette question spécifique était au cœur de la journée organisée par Sidaction, jeudi 25 juin 2009, à Paris.

A cette occasion, les intervenants se sont accordés à reconnaître que, en dépit de toutes les mesures imaginées par l’administration pénitentiaire, la drogue circule illégalement dans toutes les prisons, qu’elles soient françaises ou étrangères, provoquant un grand nombre de contaminations par le virus du sida et bien plus encore par le virus de l’hépatite C.

Le docteur Annette Verster, du département VIH de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’a confirmé : « Le taux de prévalence Prévalence Nombre de cas déclarés d’une maladie ou d’un trouble (cas nouveaux et cas déjà déclarés) divisé par la population totale, sur une période donnée ou à un moment défini. du VIH au sein de la population carcérale est bien plus élevé que dans celui de la population générale et celui du VHC l’est encore plus du fait de l’importance des comportements à risque dans les prisons comme l’usage de drogues par voie intraveineuse et le partage du matériel d’injection ».

Plusieurs programmes en Europe

Dans de nombreux pays européens, contrairement à la situation française, des politiques de réduction des risques ont été mises officiellement en place il y a déjà plusieurs années.

En Suisse, le premier projet pilote remonte à 1992 dans la prison de Hindelbank, dans le canton de Berne où des seringues stériles ont été distribuées aux détenus usagers de drogues. En 2009, les seringues sont désormais remises en mains propres ou sont accessibles par le biais d’automates présents dans la prison.

L’automate fournit les seringues en prison

Un projet identique a débuté en 1996 à Champ-Dollon, dans le canton de Genève, la plus grande prison suisse, qui accueille 540 détenus et 115 nationalités. Selon le docteur Hans Wolff, responsable de l’Unité de médecine pénitentiaire de Champ-Dollon, il fallait se donner les moyens de réagir contre la propagation des hépatites puisque 40 à 70 % des détenus sont infectés par le virus de l’hépatite B et de 50 à 95 % le sont par le virus de l’hépatite C. Pour Hans Wolff, les hépatites sont bien le problème crucial en prison !

En 2009, l’Espagne est en tête des pays européens appliquant l’échange de seringues en prison. 38 programmes sont en cours et cette politique, initiée à Bilbao en 1997, a permis de faire chuter les taux de prévalence du VIH et du VHC. « En 2002, a expliqué le docteur Raul De la Torre Martinez, de la division Santé de la Direction générale pénitentiaire, 28 % de la population carcérale était séropositive au VIH. En 2008, le taux n’était plus que de 7, 8 %. Quant à l’hépatite C, le taux était de 38, 9 % en 2002 et de 27 % en 2008. »

Selon une étude européenne, le bilan des programmes d’échange des seringues est assurément positif. Là où les PES sont appliqués, aucun cas nouveau de contamination par le VIH ou le VHC n’a été constaté, le partage des seringues usagées a presque disparu, la consommation de drogues n’a pas augmenté et surtout, cette grande peur qui tétanise beaucoup de dirigeants politiques et responsables de l’administration pénitentiaire, empêchant la mise en place de ces programmes en France, aucune seringue n’a été utilisée comme arme !

La France à la traîne

Pourtant, le nombre de détenus séropositifs au VIH ou aux hépatites n’est pas négligeable dans les prisons françaises. Le docteur André-Jean Rémy, coordinateur médical du groupe d’experts sur la prise en charge des personnes infectées par le VIH, se base sur un état des lieux réalisé en 2007 pour donner quelques chiffres : « La prévalence est de 1, 2 % pour le VIH, 1, 3 % pour le VHB et 4, 7 % pour le VHC ». Mais ces chiffres ne modifient en rien la position de l’Etat fidèle à quelques convictions : l’usage de drogue étant pénalisé, il est impossible de l’admettre en milieu carcéral ; la mise à disposition de seringues augmente la consommation de drogues et, comme nous l’avons déjà évoqué plus haut, une seringue est susceptible d’être utilisée comme arme.

La réussite des expériences étrangères ne constitue donc pas un argument suffisant pour convaincre les autorités françaises du bien-fondé des PES en prison. Et la situation ne devrait pas évoluer rapidement puisque les responsables directs de la lutte contre la drogue et la toxicomanie en France évitent le débat. Ainsi, en inaugurant cette journée, le directeur général de Sidaction, Bertrand Audoin, a déclaré que le président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) « avait décliné l’invitation en se jugeant illégitime pour se positionner en tant qu’expert sur ce thème »…

Alain Miguet

 

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