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Rencontres de Biarritz

« Si peu d’héroïnomanes incarcérés sous suboxone, c’est que ce n’est pas rentable. »

A. Rosenblum - Lutte contre la toxicomanie en prison (USA)
« Si peu d’héroïnomanes incarcérés sous suboxone, c’est que ce n’est pas rentable. » - Date de mise à jourMise à jour le : 23/10/2009
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Le colloque international « Toxicomanies, Hépatites, Sida » s’est déroulé à Biarritz du 13 au 16 octobre 2009. Sandra J-Samson y a assisté pour Hépatites Info Service.

***

Un grand nombre d’héroïnomanes font au moins un séjour en milieu carcéral, mais l’utilisation de la méthadone en prison reste limitée et la buprénorphine y est rarement administrée comme un traitement des opiacés.

Aux Etats-Unis, moins de 1 % des détenus sont sous méthadone*. Malgré la preuve de l’efficacité de ce traitement de substitution, son recours en milieu carcéral est très limité et soumis à des règles strictes.

Le traitement est proposé aux détenus purgeant une peine inférieure à un an dans le but de limiter les transmissions VIH à la sortie. Ceux qui sont incarcérés et qui étaient déjà sous méthadone bénéficient de la même dose alors que les autres reçoivent entre 30 et 40 ml. Ces derniers ont intéressé et motivé une recherche : au regard de ceux qui étaient déjà sous méthadone, l’idée était de voir la faisabilité intra muros et à la sortie de l’introduction de la suboxone (buprénorphine + naloxone).

Programme KEEP

L’Américain Andrew Rosenblum a présenté cette étude (programme KEEP) durant laquelle la suboxone fut introduite à Rickers Island, une grande prison de New York, auprès de 116 héroïnomanes volontaires n’étant jamais entrés auparavant dans un programme méthadone, mais consommant également de la cocaïne, de l’alcool, voire de la méthadone (hors programme).

Il s’avère que beaucoup plus de sujets sous suboxone que sous méthadone ont été radiés du programme à cause de détournement, parfois abusivement car il suffisait qu’une de ces personnes se gratte le visage pour qu’elle soit obligée de quitter le programme !

En revanche, 92 % des personnes sous suboxone se disaient favorables à continuer leur traitement après la prison contre 41 % sous méthadone. Et dans les faits, à la sortie, 48 % du premier groupe se présentaient effectivement à une première consultation contre 14 % sous méthadone. Qui plus est, après 24 semaines de liberté, 70 % d’entre eux étaient toujours suivis dans un programme.

Au moment de leur arrestation, ces personnes avaient peu d’intérêt pour la substitution, mais en prison, les héroïnomanes suivis pour cette étude ne demandaient pas l’arrêt de leur traitement.

Andrew Rosenblum pense que s’il y a si peu d’héroïnomanes sous suboxone durant leur incarcération, c’est que ce n’est pas rentable. Effectivement, comparé à la prise de méthadone, ce traitement sublingual (sous la langue) nécessite plus de temps passé avec le patient. Il faut également beaucoup de temps pour susciter un intérêt pour ce traitement chez ces usagers. Ce « temps », ce sont des postes d’infirmiers supplémentaires nécessaires donc une majoration du coût d’incarcération.

L’étude KEEP permet toutefois de reconnaître l’intérêt de l’introduction de la suboxone en prison, mais encore faut-il qu’elle soit plus amplement et facilement accessible à la sortie, en ambulatoire.

*En France, 6, 6 % des détenus sont sous substitution (essentiellement sous buprénorphine)

Pour HIS,

Sandra J-Samson

ADALIS (Addictions, Drogues, Alcool Info Service)

Le site des Rencontres de Biarritz

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