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VIRGIL a permis de faire des recommandations pour l’adaptation des traitements

VIRGIL a permis de faire des recommandations pour l’adaptation des traitements - Date de mise à jourMise à jour le : 1er/03/2007
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Questions au professeur Fabien Zoulim, coordinateur du Réseau européen Virgil (vigilance against viral resistance)

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Hépatites Info Service (HIS) : Pouvez-vous présenter en quelques mots le réseau VIRGIL ?

Fabien Zoulim (FZ) : Coordonné par l’Inserm, le réseau européen VIRGIL, créé en mai 2004, a été conçu pour traiter le problème de la résistance des virus aux traitements. Imaginé comme un institut virtuel organisé en 7 plateformes coopératives, il intègre plus de 70 laboratoires dans plus de 16 Etats de l’Union européenne. Il est doté par la Commission européenne d’un budget de 9 millions d’euros pour quatre ans. VIRGIL travaille actuellement sur trois maladies : la grippe, l’hépatite B et l’hépatite C. Les hépatites chroniques (15 millions de personnes sont infectées en Europe) sont responsables de 2/3 des cirrhoses et cancers du foie, et 50 % des patients présentent des résistances aux traitements.

HIS : Qu’est-ce que le phénomène de résistance ?

FZ : Prenons l’exemple d’un personne infectée par un virus. Celui-ci évolue par le biais de mutations, ce qui lui permet de s’adapter à un environnement pouvant être celui d’un traitement antiviral. Le virus peut alors devenir résistant, se multiplier malgré le traitement antiviral, ce qui peut être la cause du redémarrage de la maladie.

HIS : Les résistances sont-elles identiques pour le VHB et le VHC ?

FZ : Le virus de l’hépatite B ne peut pas être éliminé en dépit de traitements de longue durée. Seule sa multiplication peut être arrêtée. Le problème de ces traitements prolongés est qu’ils laissent le temps au virus d’évoluer et de devenir potentiellement résistant. Si les traitements ne sont pas adaptés, la maladie reprend son cours, et peut se conclure par une cirrhose ou un cancer du foie. Aujourd’hui, trois antiviraux existent en France, et un quatrième va bientôt arriver. Contrairement à ce qui se déroulait avant, cette variété de molécules permet d’adapter le traitement dès les premiers signes de résistance, et empêcher la progression de la maladie. Il s’agit d’un progrès majeur.

HIS : Et pour l’hépatite C ?

FZ : Le virus de l’hépatite C peut être résistant à l’Interféron et à la Ribavirine, en l’absence de mutation spécifique. A elle seule, cette combinaison médicamenteuse permet à environ 60 % des patients d’éliminer le virus grâce à un traitement d’une durée de six mois à un an selon les génotypes viraux. Chez les autres patients, elle fait baisser la charge virale même si le virus n’est pas éliminé et permet de ralentir aussi la progression de la maladie. Ce problème de réponse partielle à la combinaison Interferon-Ribavirine est lié à la vigueur des défenses de l’organisme et aux génotypes viraux, mais pas à la présence de mutants viraux spécifiques.

HIS : Alors pourquoi le réseau VIRGIL s’intéresse-t-il aux résitances dans l’hépatite C ?

FZ : De nouvelles molécules, actuellement au stade des essais cliniques, arrivent : les inhibiteurs de protéase et les inhibiteurs de polymérase. Comme pour le virus B, ces molécules sélectionnent des virus mutants résistants. Ces antiviraux ont une cible spécifique sur ces virus, qui peuvent donc évoluer pour échapper aux médicaments. Compte tenu de ces problèmes de résistance, ces nouvelles molécules devront être prescrites en combinaison que ce soit avec de l’Interféron ou plus tard avec d’autres molécules.

HIS : VIRGIL a été inauguré au printemps 2004. En trois ans, qu’est-ce qui a changé en termes de lutte contre les résistances ?

FZ : Nos équipes ont démontré pour l’hépatite B que des souches virales résistantes sont sensibles à certains médicaments. Cette avancée a permis de faire des recommandations cliniques pour l’adaptation des traitements. Pour l’hépatite C, la caractérisation de virus mutants résistants pour les molécules qui sont en essais cliniques permettra là aussi de faire des recommandations. Pour l’hépatite B, les retombées sont immédiates car l’adaptation des traitements a été améliorée. Pour l’hépatite C, nous sommes vraiment dans l’anticipation de ce qui se passera quand les nouvelles molécules seront sur le marché.

HIS : Quels sont les avantages à travailler dans le cadre de l’Europe ?

FZ : L’Europe est capitale car les équipes de recherche ont de plus en plus de difficultés pour obtenir des financements au niveau national. Le soutien européen vient en renfort des soutiens nationaux. De plus, l’Europe aide à structurer la recherche au niveau de l’Union en favorisant l’interaction des équipes entre elles dans le cadre de réseaux, les unes travaillant sur l’hépatite C, les autres sur l’hépatite B ou la grippe. Au lieu de travailler à pas lents chacune dans leur coin, les équipes avancent beaucoup plus vite grâce notamment à des échanges de technologie. La recherche européenne doit s’unifier à l’heure où la compétition est très forte avec l’Amérique, et où elle sera encore plus forte demain avec les pays asiatiques.

Entretien réalisé par Alain Miguet pour Hépatites Info Service

Le site de Virgil

Le 23 mai 2007, le réseau VIRGIL organise à Lyon un séminaire