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Tatouage à domicile : Mode d’emploi

Tatouage à domicile : Mode d’emploi - Date de mise à jourMise à jour le : 25/03/2015
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Se faire tatouer "à domicile", c’est comme se faire coiffer à domicile ?

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Depuis 2008 des textes régissent la profession de tatoueur. Le décret n° 2008-149 du 19 février 2008 stipule que la mise en œuvre des techniques de tatouage et perçage s’exerce dans le respect des règles générales d’hygiène et de salubrité. Avec en particulier la règle suivante : « …les locaux comprennent une salle exclusivement réservée à la réalisation de ces techniques ».

Or on entend de plus en plus parler de tatouages se déroulant à domicile. Lors du Mondial du Tatouage 2015 à Paris, Hépatites Info Service a rencontré Aline, tatoueuse adhérente au SNAT (Syndicat national des Artistes Tatoueurs), qui a choisi d’exercer à son domicile, dans ce qu’on appelle un Shop Privé.

***

HIS : Quelle est la différence entre se faire tatouer au domicile du tatoueur et se faire tatouer au domicile du client ?

Aline : Se faire tatouer chez un tatoueur signifie qu’un espace est dédié exclusivement à cette pratique, contrairement à des tatoueurs qui exercent chez le client. Chez le client, pour avoir une pièce appropriée, il faudrait y aller à coup de « karcher » pour pouvoir effectuer une asepsie suffisante et conforme aux textes sanitaires en vigueur. Cela est impossible.

Il est donc primordial d’avoir une salle totalement réservée au tatouage, où les règles d’asepsie seront vraiment appliquées. Car l’asepsie suit un protocole strict dont on ne peut s’écarter. Le tatouage au domicile d’un client ne peut offrir cette prestation.

HIS : Comment avez-vous organisé votre espace pour qu’il soit conforme aux normes d’hygiène ?

Aline : La salle de travail est entièrement nettoyée en début de journée (sol/faïence/lave-mains...). Ensuite, avant chaque client, on pratique un nouveau nettoyage des surfaces qui seront en contact avec l’encre et le sang (siège, charriot, lampe...) avec un spray approprié (Fongicide, Bactéricide, Virucide) de type Anios. Après un temps de pose, on recouvre ces surfaces d’une cellophane et d’un drap d’examen pour le siège. Quand il est question d’hygiène il est toujours possible d’en faire plus. L’important est que tout ce qui va être touché avec les gants pendant la séance soit protégé par des gaines en plastique ou par de la cellophane : la machine, l’alimentation, les câbles, lampe, siège....

Pour le reste on applique le principe du « No Touch ».. La règle du "no touch" consiste pour le tatoueur à ne rien toucher qui ne soit en effet "protégé" (par un film plastique) ou à usage unique pendant qu’il tatoue. Si le tatoueur touche un objet non protégé (par exemple le téléphone), il doit impérativement changer de gants.

L’asepsie de la peau du client se fait avec un savon et une solution, tous deux antiseptiques, qui doivent appartenir à la même famille (par exemple de type chlorhexidine - Cyteal/Septeal). Il y a 5 phases à respecter : le savonnage, le rinçage, le séchage, puis 2 passages pour la solution antiseptique avec un séchage entre les 2.

Tout ce qui est utilisé pour l’acte de tatouage en lui-même est jeté dans des containers DASRI (Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux) : aiguilles, compresses, cellophane, draps d’examens souillés, eau de rinçage, etc. Tout ce qui est utilisé sur le client est neuf, stérile et à usage unique : aiguilles, tubes, capsules... Aujourd’hui, on stérilise de moins en moins. Le matériel, comme les tubes, est à usage unique. Cela devient une norme, comme ça a été le cas au Mondial du Tatouage de Paris 2015.

A noter que le latex des gants est dégradé quand ils sont en contact prolongé avec la vaseline. Ils doivent donc être changés régulièrement ce qui évite ainsi les risques de contamination croisée (tatoueur/tatoué, tatoué/tatoueur ou tatoué/tatoué).

Enfin, même si l’on porte régulièrement des gants, la première marque d’hygiène est le lavage fréquent des mains. A ne pas confondre avec l’usage d’un gel hydro-alcoolique qui est à utiliser en renfort.

HIS : Un tatouage réalisé dans un shop privé implique-t-il pour le client une surveillance et des soins particuliers ?

Aline : Les Shop privés ou les boutiques pignon sur rue appliquent la même information en matière de soins post-tatouage. En plus de la fiche d’information client (comme celle éditée par le ministère de la Santé), le SNAT a rédigé une fiche sur les règles sanitaires que l’on peut aussi afficher.

Les clients posent moins de questions sur la salubrité depuis la réglementation de 2008. Parfois certains clients font cette remarque : « Ah ça sent plus l’hôpital que lorsque je suis venu en pré-rendez-vous ». C’est parce qu’on a nettoyé avant qu’ils arrivent. Et même si cela est un bon indicateur, ce n’est pas parce que ça sent le propre que les procédures auront été respectées.

Les clients ont souvent du mal à poser des questions par crainte de remettre en cause le professionnel. Si le tatoueur est un bon professionnel qui applique le protocole en matière d’hygiène, il n’a rien à cacher. En plus montrer tout ce que l’on utilise rassure le client. Si le professionnel bloque là-dessus il vaut peut-être mieux aller en voir un autre.

Quelques lignes ne suffiront pas à résumer ce vaste sujet qu’est l’Hygiène et son protocole. Faire un tatouage n’est pas si simple. Prenez le temps de réunir les meilleures conditions, car on n’a qu’une peau pour une vie.

Interview réalisée par Caroline Ragon pour Hépatites Info Service – mars 2015

Crédit photo : ©Aline-au-pays-de-ses-merveilles

Sources :

Sources :

- Hépatites Info Service : https://www.hepatites-info-service....
- SNAT : http://www.s-n-a-t.org/accueil.htm
- https://www.facebook.com/pages/Alin...