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Pétition contre le classement du Subutex comme stupéfiant

Pétition contre le classement du Subutex comme stupéfiant - Date de mise à jourMise à jour le : 12/07/2006
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Il a été récemment annoncé (Nouvel Obs.com daté du 7/6/06) que le Ministère de la Santé en France a accepté les arguments proposés par la MILDT et par l’Académie de Pharmacie visant à re-classifier la buprénorphine parmi les stupéfiants. Cette re-classification a toutes les chances d’être opérationnelle d’ici à la fin de l’année.

Le Ministère annonce que cette décision sera sans conséquences sur les traitements des usagers de drogue mais aura seulement comme effet de renforcer les lois pour réduire le trafic illégal de buprénorphine. Toutefois, les patients qui reçoivent ce traitement seront priés d’avoir une copie de leur ordonnance sur eux en permanence afin de faciliter les opérations de police contre les trafiquants.

L’argument principal de cette proposition de re-classification est que cela permette une baisse substantielle du trafic de buprénorphine. Or il est admis que moins de 5% des patients sous traitement de substitution détournent la buprénorphine sur le marché noir. De nombreux cliniciens impliqués dans la délivrance de traitement de substitution en France sont inquiets que cette re-classification décourage les médecins et les pharmaciens (et même certains patients) de s’impliquer dans le traitement de substitution par buprénorphine ou de maintenance par méthadone. Même une faible diminution de la participation de soignants à ce type de traitement entraînera pourtant une réduction d’accès à la substitution pour les 95% des patients qui respectent entièrement les modalités de prescription de leur traitement.

Il n’existe aucune donnée scientifique ni en France ni dans le Monde qui démontrent que de restreindre les conditions de délivrance du traitement par buprénorphine pourrait réduire le trafic. Pourtant, des expériences antérieures de restrictions de ce type ont réduit l’accès légal pour les patients qui en avaient besoin et ont inévitablement entraîné l’augmentation de la disponibilité du traitement sur le marché noir.

Lorsque les médecins généralistes en Ecosse ont du arrêté de prescrire la buprénorphine à cause du problème de l’utilisation non médicale, on a observé à la fois une augmentation de l’usage d’héroïne (1) et du nombre de décès par overdose. (2)

Bien que de telles mesures ont peu de chance d’avoir le moindre effet sur le détournement de buprénorphine sur la marché noir, il existe des preuves de plus en plus nombreuses que le renforcement de la répression policière contre les usagers de drogue a comme effet d’augmenter l’incidence Incidence En épidémiologie, le taux d’incidence rapporte le nombre de nouveaux cas d’une pathologie, observés pendant une période donnée à la population dont sont issus les cas (pendant cette même période). de l’infection à VIH dans cette population (3).

De plus, la buprénorphine n’est pas un stupéfiant. En tant qu’agoniste partiel, cette molécule ne possède pas les critères pharmacologiques définis par les traités et règlements internationaux qui permettent la classification d’un produit en stupéfiant. Il est décevant que la France envisage de re-classifier la buprénorphine comme stupéfiant la même année où les experts des traitements de la dépendance de l’OMS, après avoir examiné avec attention l’ensemble des arguments, ont pourtant refusé la proposition de re-classification qui provenait du comité international de contrôle des stupéfiants. La buprénorphine a été introduite en France dans les années 90, en même temps que d’autres mesures de réduction des risques, afin de lutter contre une épidémie alarmante qui sévissait parmi les usagers de drogue. Depuis son introduction, non seulement la proportion de nouveaux cas de sida dus aux usagers de drogue a massivement diminué ; mais les décès par overdose ont baissé d’un pic de plus de 500 morts par an en 1994 à moins de 100. Ces avancées de santé publique sont principalement dues à la disponibilité massive de la buprénorphine en médecine de ville, permettant ainsi l’accès aux soins des usagers de drogue et l’accès au traitement antirétroviral. La façon dont la buprénorphine a été utilisée en France représente une expérience unique et a permis d’obtenir des bénéfices considérables en santé publique. Cette expérience a démontré l’importance de ne pas classifier la buprénorphine en stupéfiant et a suscité un intérêt considérable au niveau international. L’expérience Française est vue de l’étranger comme un modèle de politique efficace de réduction des risques pouvant inspirer d’autres pays, en particulier pour ceux qui ont à faire face à une grave épidémie à VIH parmi leurs usagers de drogue. Si la France re-classifie la buprénorphine comme stupéfiant pour réduire le trafic de ce produit sur le marché noir, non seulement cela ne sera pas efficace mais il existe un énorme risque d’entraîner de graves conséquences sur le plan national et surtout de représenter un précédent catastrophique pour les autres pays. Les médecins et les pharmaciens impliqués dans le traitement de substitution en France veulent réduire le détournement de buprénorphine sur le marché noir. Mais ils veulent que cet objectif puisse être obtenu sans prise de risque et ne remette pas en question les avancées importantes en santé publique, comme la baisse massive de l’incidence du VIH parmi les usagers de drogue, la baisse des décès par overdose ainsi que les bénéfices sociaux comme la réduction de la criminalité due aux drogues. La communauté internationale des chercheurs en santé publique et des acteurs de réduction des risques supplie le gouvernement français de ne pas classer la buprénorphine comme stupéfiant, car cette décision exclurait des milliers d’usagers de drogue des programmes de substitution et d’accès aux soins à travers le monde. La conséquence serait une augmentation de l’épidémie de VIH dans de nombreux pays émergents et pays en voie de développement. `Primum non nocere’ -d’abord ne pas nuire est le principe de toute médecine. C’est aussi le principe majeur qui doit guider comment les médicaments doivent être classifiés et contrôlés.

Signez la pétition


(1) Forsyth AJ, Farquhar D, Gemmell M, Shewan D, Davies JB. The dual use of opioids and temazepam by drug injectors in Glasgow (Scotland). Drug Alcohol Depend 1993 ;32:277-80. (2) Hammersley R, Cassidy MT, Oliver J. Drugs associated with drug-related deaths in Edinburgh and Glasgow, November 1990 to October 1992. Addiction 1995 ;90:959-65. (3) Friedman SR, Cooper HL, Tempalski B, et al. Relationships of deterrence and law enforcement to drug-related harms among drug injectors in US metropolitan areas. AIDS 2006 ;20(1):93-9.